ACTUALITÉ
Pilier de l’équipe de France de dressage, Alexandre Ayache aborde le Printemps des Sports Équestres de Fontainebleau, qui accueille pour la première fois une Coupe des Nations CDIO5*, avec une approche résolument tournée vers le collectif. Entre exigence du haut niveau, construction d’une nouvelle génération de chevaux et objectif de qualification olympique, le cavalier français détaille son engagement, son rôle en équipe et les ambitions des Bleus à l’aube d’une saison charnière.
C’est la grande nouveauté de cette année au Printemps des Sports Equestres : Fontainebleau va accueillir une Coupe des nations CDIO5* de dressage. Comment avez-vous accueilli cette annonce ?
ALEXANDRE AYACHE : C’est une excellente nouvelle, à plusieurs niveaux. D’abord parce que c’est toujours important de voir les Coupes des nations se maintenir en France : ce sont des rendez-vous structurants pour notre discipline et pour le collectif. Et ensuite parce que ça se passe à Fontainebleau, qui est un site à part. C’est un lieu chargé, avec une vraie identité, et des conditions de compétition exceptionnelles. On sait aussi que GL events Equestrian Sport fait partie des tout meilleurs organisateurs au monde. Ils ont une expérience énorme sur des événements de très haut niveau, avec une exigence d’organisation qui est rare. Quand ils sont aux commandes, tout est pensé pour le sport et pour les chevaux, et ça change beaucoup de choses pour nous, cavaliers. Donc oui, c’est à la fois rassurant et très motivant. On sait qu’on va évoluer dans un cadre à la hauteur d’une Coupe des nations, avec des conditions optimales pour performer.
Vous évoquez les concours organisés par GL events Equestrian Sport, la Coupe du monde FEI du Longines Equita Lyon, Concours Hippique International, le Printemps des Sports Equestres de Fontainebleau, les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Qu’appréciez-vous particulièrement dans les concours de l’équipe de Sylvie Robert ?
A. A. : Ce qui frappe avant tout, c’est le niveau de précision. Tout est millimétré, rien n’est laissé au hasard. Je participe à beaucoup de grands concours, et il y en a très peu où l’on atteint ce degré d’exigence dans l’organisation. On sent que tout est pensé pour le sport et pour les chevaux, et ça change énormément de choses dans notre manière d’aborder la compétition. Ce sont des concours où tout est fluide, lisible, sans zones d’ombre. Que ce soit sur la piste, dans les écuries ou dans la gestion globale de l’événement, on est dans un cadre extrêmement professionnel, avec une vraie cohérence d’ensemble. Les Jeux olympiques de Paris en sont un très bon exemple. Tous les cavaliers ont été unanimes : pour en avoir disputé trois, c’étaient de loin les mieux organisés. Et pourtant, passer derrière Tokyo en matière d’organisation, ce n’était pas gagné. Là, tout était parfaitement carré, tiré au cordeau. C’est aussi une vraie fierté de voir des organisateurs français porter notre sport à ce niveau-là, avec cette exigence et cette capacité à créer des événements qui permettent réellement aux cavaliers et aux chevaux de s’exprimer dans les meilleures conditions.
Cette année, le concours se déroule sur deux semaines : dressage et paradressage en première semaine, puis saut d’obstacles. Les cavaliers de saut d’obstacles vont-ils vous manquer ?
A. A. : Oui… et non. Oui, parce que j’aime vraiment le mélange des disciplines. Je trouve que c’est une vraie richesse d’avoir tout le monde au même endroit, dans le même temps. Ça crée une dynamique particulière, des échanges qu’on n’a pas forcément le reste de l’année. Mais en même temps, je comprends parfaitement le choix qui a été fait. Avec une Coupe des nations en dressage, et tous les niveaux autour, il va y avoir beaucoup plus de partants que d’habitude. Forcément, ça complexifie énormément l’organisation sur une seule semaine. Et connaissant GL events Equestrian Sport, je sais que si ça avait été faisable, ils l’auraient fait. Donc c’est un compromis. Mais c’est vrai que, personnellement, j’apprécie beaucoup ces moments où les disciplines se croisent. Ce qui manque parfois dans notre sport, c’est justement cet échange entre univers. Pouvoir discuter, partager, confronter les expériences avec des cavaliers d’autres disciplines, c’est quelque chose que je trouve vraiment précieux.
Sur le Printemps des Sports Equestres, nous connaissons les épreuves individuelles de dressage, mais moins les Coupes des nations et leur l’esprit collectif. Comment vit-on ce genre de compétition ?
A. A. : Une Coupe des nations ne se monte pas du tout comme un concours individuel. La différence majeure, c’est qu’on ne court plus uniquement pour soi, mais pour un classement par équipe. Ça change complètement l’approche. Il faut adapter sa stratégie, accepter de prendre des risques, mais des risques mesurés, réfléchis, pour ne pas mettre l’équipe en difficulté. Quand on est seul, on peut tenter des choses, quitte à se planter. En équipe, chaque reprise compte pour les autres, donc il y a une vraie responsabilité collective. C’est un équilibre à trouver entre performance individuelle et gestion du score pour le groupe. C’est un format qui me plaît beaucoup, justement pour cet esprit-là. J’aime défendre les couleurs de l’équipe de France, j’aime ce partage, le fait d’échanger entre cavaliers, de construire quelque chose ensemble et d’avancer dans le même sens. Cette Coupe des nations à Fontainebleau sera la première de l’année, donc aussi une forme de prise de marques. L’équipe est assez jeune, avec beaucoup de chevaux en devenir. De mon côté, j’ai pu emmener ma jument aux championnats d’Europe l’an dernier pour lui faire prendre de l’expérience, justement en vue de ce type d’échéances.
Le fait de devoir parfois limiter les risques pour le collectif, est-ce que ça peut être frustrant ?
A. A. : Non, jamais. Représenter son pays, ce n’est jamais frustrant. Être en équipe de France, c’est un honneur immense. Des milliers de cavaliers en rêvent toute leur vie sans jamais y accéder. Donc à partir du moment où on a cette chance-là, la question de la frustration ne se pose pas. Bien sûr qu’on prend toujours des risques dans ce sport, c’est inhérent à la performance. Mais en Coupe des nations, on ne joue pas à pile ou face. On ne peut pas se permettre de tenter quelque chose avec une chance sur deux que ça passe. L’idée, c’est d’être juste, d’être solide, de faire ce qu’il faut pour l’équipe. C’est une approche différente, plus réfléchie, plus stratégique. On est dans une logique de construction, aussi en vue des grandes échéances à venir. Donc non, ce n’est pas frustrant, c’est simplement une autre manière de performer.
Au sein de l’équipe, quel coéquipier êtes-vous ?
A. A. : Je suis plutôt celui qui essaie de faire en sorte que tout le monde aille bien. Je n’ai pas de problème d’ego, donc je m’adapte aux besoins de l’équipe. Si je dois passer en numéro 1 ou remplir un rôle spécifique, je le fais sans difficulté. L’idée, quand on est en équipe, c’est vraiment de mettre le collectif avant soi. Le sélectionneur a une stratégie, on peut en discuter, échanger, ne pas être toujours d’accord sur tout, mais à un moment, il faut la respecter. Elle est réfléchie, construite, et elle sert l’équipe. Pour moi, l’essentiel, c’est que chacun soit dans le bon état d’esprit. Si tout le monde est aligné, concentré sur l’objectif commun, alors on se donne les meilleures chances de performer ensemble.
La Coupe des Nations se joue sur le Grand Prix. C’est un format qui vous convient ? On vous sait showman et nous avons tous en tête votre Kür sur Eminem !
A. A. : Oui, le Grand Prix me convient bien. C’est vrai que j’aime aussi les épreuves libres, parce qu’elles permettent de s’exprimer davantage, de construire quelque chose de plus personnel, notamment avec la musique et l’enchaînement des mouvements. Mais aujourd’hui, je suis vraiment focalisé sur le Grand Prix. C’est le cœur de la performance en équipe, donc c’est là-dessus que je concentre tout le travail. D’ailleurs, je n’ai même pas encore monté de Libre pour ma jument Olivia. L’objectif, c’est d’abord de produire un très bon Grand Prix pour l’équipe, d’être solide et performant à ce niveau-là. La Libre, si elle vient ensuite, ce sera un bonus, presque un luxe. Mais la priorité reste clairement le collectif et le Grand Prix.
Justement, Olivia. C’est une jument que vous adorez et en laquelle vous croyez beaucoup ?
A. A. : Oui, même si, pour être honnête, j’aime tous mes chevaux. J’ai toujours des histoires un peu particulières avec chacun d’eux. Olivia, elle, est arrivée un peu par hasard. Une amie éleveuse m’en a parlé, en me disant que c’était une jument fabuleuse, mais assez compliquée, et que sa cavalière ne s’en sortait pas toujours. Aujourd’hui, elle donne énormément, avec un vrai potentiel. Elle est encore très verte à ce niveau-là de compétition, mais on a déjà réussi à faire de belles performances sans avoir encore tout exploité. C’est une jument en laquelle je crois beaucoup, vraiment. Maintenant, il faut continuer à construire, à canaliser tout ça, et à faire en sorte que son potentiel s’exprime pleinement sur une reprise complète.
Quelles sont ses qualités et ses axes de progression ?
A. A. : Elle a déjà montré qu’elle pouvait aller chercher des notes élevées sur quasiment toutes les figures, parfois 8 ou plus. Donc, sur le papier, elle a tout pour dérouler de très grosses reprises. Son principal défaut, aujourd’hui, c’est son pilote (rires) ! Le vrai enjeu donct, c’est d’arriver à aligner tout ça sur une même reprise, d’avoir de la régularité du début à la fin. Parce que le potentiel est là, mais il faut réussir à le concrétiser de manière constante. C’est une jument très intéressante parce qu’elle est stable, assez peu émotive, et elle accepte bien les grandes pistes, l’ambiance, la pression. C’est extrêmement rassurant à ce niveau-là. À moi donc de faire le travail pour exploiter tout ça pleinement.
Jolene, qui vous a accompagné sur les plus grosses échéances de votre carrière, est désormais au commerce. Un choix contraint ?
A. A. : Je n’ai pas de mécène, donc je dois faire fonctionner le système de manière équilibrée. J’ai un partenaire, mais nous sommes dans une logique où, à la fin, les comptes doivent tenir. Si on veut que la collaboration dure dans le temps, il faut que chacun s’y retrouve. Jolene a 14 ans, elle est en pleine forme et elle a encore de très belles années devant elle. On l’a encore vue récemment montée par ma femme (la cavalière estonienne Grete Ayache, ndlr) : elle est toujours très performante. Mais à un moment, il faut faire des choix pour assurer la suite. Derrière, j’ai beaucoup de jeunes chevaux qui arrivent, avec du potentiel. Pour pouvoir continuer à les former, à les amener au haut niveau, il faut être rigoureux économiquement. Ce n’est jamais un choix facile, mais c’est une réalité de notre sport.
Comment se porte aujourd’hui l’équipe de France ?
A. A. : Plutôt bien. On est dans une phase de renouvellement, avec beaucoup de jeunes chevaux qui arrivent et qu’il faut amener progressivement au haut niveau. Forcément, certains chevaux très performants ont été vendus ces dernières années, donc il y a un travail de reconstruction à faire. Mais il y a du potentiel, et une vraie dynamique qui se met en place. Il faut simplement laisser le temps à ces nouveaux couples de prendre de l’expérience et de s’installer. Le sélectionneur, lui, est très clair dans ses choix. Il privilégie toujours le sportif, la performance. Et c’est important, parce que ça garantit une forme d’équité dans la sélection. Quand on est le meilleur à un instant donné, on est pris, et ça donne un cadre très sain pour travailler.
L’objectif collectif, c’est la qualification pour les Jeux olympiques de Los Angeles dès cette année ?
A. A. : Oui, clairement. Même s’il restera une possibilité de se qualifier l’an prochain sur les championnats d’Europe, réussir à le faire dès cette année, sur les Mondiaux d’Aix-la-Chapelle, permettrait d’aborder la suite avec beaucoup plus de sérénité, notamment dans la gestion des chevaux et de la préparation. La concurrence est forte, avec des nations qui arrivent avec des chevaux parfois plus aguerris. Mais un championnat reste toujours particulier, avec une part d’imprévu. On l’a déjà vu : des équipes très solides peuvent passer à côté. Donc l’idée, c’est de faire notre travail du mieux possible, d’être prêts le jour J et de saisir l’opportunité si elle se présente.
Et individuellement, votre priorité reste là encore le collectif ?
A. A. : Cette année, et même la suivante, sont avant tout tournées vers l’équipe. Il y a des échéances importantes, et ce sont elles qui structurent la saison. Bien sûr, il y a toujours des opportunités de briller individuellement, de travailler en vue de la ranking individuelle ou d’aller chercher des performances personnelles. Mais à un moment, il faut faire des choix. Et dans ce type de cycle, les grandes échéances collectives passent en priorité. L’objectif, c’est d’être performant quand ça compte vraiment, sur les rendez-vous majeurs, et de mettre toutes les chances de notre côté pour l’équipe.
Après le Printemps des Sports Equestres de Fontainebleau, quel programme envisagez-vous ?
A. A. : Il y a plusieurs options possibles. Je peux partir sur des étapes de Coupe du monde à l’Est, ou bien aller sur un ou deux concours en Allemagne. Pour l’instant, rien n’est complètement figé, parce que ça va dépendre de plusieurs paramètres. D’abord, de ce qui va se passer à Fontainebleau, de la manière dont les chevaux vont répondre et des besoins qui vont en découler. Et puis aussi des contraintes de sélection et de places disponibles sur les concours, qui ne sont pas illimitées. Encore une fois, la logique reste collective. On va s’adapter en fonction de ce qui est le plus pertinent pour l’équipe et pour la suite de la saison.
Le Printemps des Sports Equestres de Fontainebleau se trouve-t-il sur la route pour Aix-la-Chapelle cet été ?
A. A. : C’en est même le point de départ ! C’est la première Coupe des nations de la saison, donc elle donne le ton pour la suite. D’autant plus que cette année, il n’y aura pas beaucoup d’échéances collectives de ce type. Certaines Coupes des nations ont été annulées, donc les occasions de se tester en équipe seront limitées. Dans ce contexte, Fontainebleau prend une importance particulière : c’est là qu’on va commencer à se jauger, à poser les bases, à voir ce qui fonctionne et ce qu’il faut encore ajuster en vue du championnat.