ACTUALITÉ
Il a gravi les échelons les uns après les autres. D’abord engagé à travers différents mandats associatifs au sein des instances fédérales, au niveau local puis national, Frédéric Bouix a ensuite assuré la direction des services FFE Compétition, FFE Club, FFE Formation et FFE Tourisme jusqu’en 2012. Nommé ensuite Délégué général, menant entre autres le difficile combat de la révision de la directive européenne pour un taux de TVA réduit pour les activités équestres, il bénéficie aujourd’hui d’une vision transversale et d’une connaissance approfondie d’une Fédération qu’il préside depuis quelques mois. Rencontre avec le nouveau président de la Fédération Française d’Equitation.
A l’occasion de votre élection à la présidence de la Fédération Française d’Equitation, chacun a souvent eu l’occasion de lire ou d’entendre que vous seriez l’homme « de la transition ». De quelle transition parle-t-on ? De quel modèle part-on et vers quel modèle nous dirigeons-nous ?
FREDERIC BOUIX, Président de la Fédération Française d’Equitation : Je pense que ce terme de « transition » a été utilisé en opposition à « rupture ». Effectivement, la FFE a besoin de stabilité pour ses activités, ses adhérents, ses clubs, les cavaliers, le sport. Il n’empêche qu’il y a aussi des choses à faire évoluer. C’est ça, la transition. La transition peut-être dans le modèle de fonctionnement de notre fédération, en impliquant par exemple davantage l'ensemble des acteurs aux grandes décisions pour notre sport. Nous pouvons alors évoquer une transition dans la présence de la FFE sur les terrains sportifs, aux côtés des clubs, aux côtés de ses organes déconcentrés que sont les comités régionaux et départementaux d’équitation. La transition ne signifiera pas renier le passé : nous sommes parfaitement conscients que ce que nous pouvons faire aujourd’hui, c’est grâce à tout ce qui a été fait ces trente dernières années et qui a été bien fait. Tout ceci nous donne aujourd'hui l’opportunité de nous projeter différemment, en bénéficiant d’une base solide.
Y a-t-il un modèle de fédération sportive, tout sport confondu, qui pourrait inspirer le modèle vers lequel vous souhaiter vous diriger ?
F. B. : Chaque fédération a ses spécificités. La nôtre est la présence de l'animal, des poneys et des chevaux, qui nous place vraiment à part dans le monde des fédérations sportives, avec un ancrage agricole et des lieux de pratique qui sont des entreprises, bien différents du milieu associatif classique du monde sportif. On trouve de très bonnes initiatives dans de nombreux sports. Mais aucune qui pourrait réellement s’adapter aux spécificités de l’équitation. Il ne faut pas se priver d'aller regarder ce qui se fait ailleurs, en France et à l’étranger. D’ailleurs, nous devons garder en tête que notre fédération, unique dans son modèle de développement, nous est enviée par d'autres sports en France et par d'autres fédérations équestres dans le monde, notamment à travers la pédagogie, le fait de pouvoir proposer un projet sportif dès le plus jeune âge, aux cavaliers à poney, puis à cheval, puis jusqu'aux grandes échéances mondiales ou olympiques.
La proximité des établissements a été l'un des projets phares du président Lecomte, qui a aidé à l’installation de poney clubs et de centres équestres à 20 minutes de chez soi, où que l’on se trouve sur le territoire.
F. B. : Tout à fait. La stratégie de l'offre est très importante. Nous avons effectivement besoin d'avoir une offre de proximité pour que les gens pratiquent. S'ils ont un club à quinze ou vingt minutes de chez eux, ils pratiqueront. Mais la proximité ne doit pas se limiter à la proximité géographique des établissements. L’autre réalité est la proximité économique. C'est vraiment le modèle du cheval partagé qui permet de rendre la pratique accessible. Et puis, il y a enfin la proximité sociale. Nous avons encore du travail à accomplir dans ce domaine parce que, même si l’équitation est bien plus accessible aujourd’hui qu’il y a quelques décennies, le cheval garde une image un peu élitiste. Il y a donc encore un plafond de verre à briser auprès de familles qui souhaiteraient découvrir dans un premier temps l'animal, puis la pratique par la suite.
Vous avez été délégué général de la Fédération Française d’Equitation pendant treize ans. Vous connaissez cette fédération par coeur. De ces treize années, quels enseignements tirez-vous ?
F. B. : Ces treize années ont servi à consolider cette fédération. C'est une fédération centenaire mais le modèle de la fédération unie ne date que de 2000. C'est très peu pour faire émerger une fédération nouvelle génération. Mais cette courte période nous a permis de réellement asseoir la Fédération, l'asseoir dans son modèle de développement, mais aussi auprès des institutions, auprès des pouvoirs publics. Nous avons eu la chance d'aboutir positivement sur le dossier de la TVA, ce qui nous a donné une vraie légitimité auprès des partenaires publics, auprès des décideurs politiques. Et je souhaite continuer à asseoir cette force pour aller défendre d'autres dossiers qui touchent nos activités au quotidien. Au-delà des questions sportives, nous devons nous préoccuper du vivant et de toutes les questions satellites comme le transport, les médicaments vétérinaires, le sanitaire, le bien-être. Ce sont des enjeux extrêmement importants pour préserver notre sport. Je souhaite me donner à 100% dans cette nouvelle mission, donner une autre forme au militantisme qui m’anime, pour le cheval et pour l'équitation.
Si vous deviez isoler trois « chantiers » pour la Fédération de demain, quels seraient ces chantiers ?
F. B. : Il y a un véritable enjeu autour de l'économie de nos établissements équestres. Le dossier de la TVA nous a offert une bouchée d'oxygène. Mais nous devons rester vigilants. Nous évoluons dans un contexte compliqué, pour l'ensemble des acteurs économiques, que ce soit pour la pratique ou pour le sport. Alors tous les paramètres qui permettent d'avoir des gains économiques pour nos entreprises équestres, il faut les prendre et aller les chercher. Nous devons également travailler plus que jamais à l'accessibilité de notre sport. C'est en période de crise qu'il faut fournir les efforts les plus importants. C'est le rôle d'institution ou d'entreprise bien assises de le faire dans les périodes les moins faciles. En termes sportifs, la compétition de très haut niveau, se porte plutôt très bien. Mais il ne faut pas que ce soit l’arbre qui cache la forêt. Alors il nous faut mettre beaucoup d'énergie à développer cette base de pratiquants, qui constituent les sportifs de demain. Et puis il y a enfin la dynamique et la visibilité de notre sport. C’est le troisième chantier prioritaire, aves des problématiques comme les économies d'énergie, d'eau, l'acceptabilité sociale, pour qu’après-demain, nous puissions continuer de monter à cheval. Ces trois chantiers sont prioritaires pour l'ensemble des acteurs de la filière : les élus nationaux, mais aussi les élus régionaux qui viennent d'être renouvelés, les élus départementaux, et plus généralement, nous devons emmener avec nous l'ensemble des dirigeants des poney-clubs, des centres équestres et les organisateurs de compétitions dans cette aventure.
Parmi les autres chantiers, vous citez l’image de l’équitation avec cette question du bien-être animal et de l'anthropomorphisme. Quel rôle peut jouer la FFE ?
F. B. : C’est un chantier que nous devons prendre à bras le corps. Il ne faut absolument pas le négliger et nous devons adopter une approche très sérieuse de la question. La meilleure approche selon nous est l'approche scientifique : à travers des éléments scientifiques, nous devons éduquer, éduquer les cavaliers, éduquer les organisateurs, et nous-mêmes à travers leurs retours d’expérience. Nous devons mettre à la disposition de tous la connaissance et la science pour éviter les jugements à l'emporte-pièce ou l’anthropomorphisme, amplifiés par les médias sociaux et l'instantanéité de la communication. Bien sûr, nous devons rester extrêmement vigilants, combattre les excès, combattre ce que nous ne voulons plus voir, se donner le temps de progresser, pour apprendre par la connaissance, et influencer l'ensemble des acteurs de notre sport.
Quand on lit les chiffres des licenciés de plusieurs fédérations, quelque chose est assez frappant en équitation : le turnover. De nombreux jeunes gens arrivent dans les poney-clubs mais en repartent au bout d'un an ou deux.
F. B. : Ce n'est pas spécifique à l'équitation : dans la plupart des sports, un néo-pratiquant sur deux abandonne après un an. Avec le poney, nous avons la chance de pouvoir proposer un véritable projet éducatif, qui passe par la formation des enseignants, des animateurs qui accueillent les jeunes cavaliers, et par la communication auprès des parents en leur présentant les bienfaits de l'équitation, au-delà du projet sportif et de l'activité physique.
Il y aurait donc également un travail de sensibilisation à mener autour au rôle social et sociétal de l'animal ?
F. B. : Tout à fait. C'est un pan d'activité que nous développons depuis plusieurs années, sur lequel la Fédération est très présente, autour du cheval médiateur, de tout ce qu’il apporte à l'humain. On parle souvent des personnes en situation de handicap, mais nous pourrions aussi parler de personnes en situation d'insertion, de réinsertion, de rééducation, de soins de suite, après de longues maladies, ou l’accompagnement de patients atteints de maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer. Le cheval est un formidable thérapeute au service de la santé aussi bien physique que mentale.
Pour terminer, parlons sport de haut niveau. Remarquez-vous, quelques mois après la réussite des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, un effet JO sur le nombre de licenciés ?
F.B. : Malheureusement, non. Les fédérations étrangères gardent un souvenir émerveillé de Versailles, mais il y a peu d’effets concrets sur le nombre de pratiquants en France. C'est une généralité en équitation : les performances sportives n'ont jamais amené de nouveaux pratiquants vers les clubs, ce qui s’explique facilement : lorsqu’un enfant entre sur un terrain de foot pour la première fois, il peut se rêver en Mbappé ; lorsque avec sa ceinture blanche, il se rend sur un tatami pour la première fois, il devient Teddy Riner. Lorsqu’il pousse pour la première fois la porte du poney-club avec ses parents, sa motivation première est le contact avec l’animal, la nature, l’ambiance conviviale. Nous sommes davantage sur une approche sociale et sociétale, que sur la quête immédiate d’une performance sportive. C’est ensuite, lorsqu’il sera devenu cavalier, qu'il participera peut-être à des compétitions, qu'il performera, et fera peut-être du haut niveau. Dans d'autres sports, dès les premières heures de pratique, vous pratiquez déjà le même sport qu'aux Jeux olympiques ou aux championnats du monde. Ce n’est pas le cas en équitation.
2028, c'est loin, et en même temps, c'est demain : le projet sportif pour les prochains Jeux olympiques et paralympiques de Los Angeles est-il déjà au cœur de vos réflexions ?
F. B. : Il a été l’un des premiers chantiers, dès le premier mois du mandat ! Nous pensions prendre un trimestre pour le définir, mais nous avons voulu aller très vite, pour ne pas perdre de temps. Avant 2028, il y a la qualification, et l’une des premières qualifications se fera sur les Championnats du monde de 2026, donc demain. Tous les voyants sont aujourd’hui au vert. Nous continuons avec l'élan des Jeux dans deux disciplines, le dressage et le paradressage, et puis avec de nouveaux sélectionneurs en concours complet et en saut d’obstacles. Dans ces deux disciplines, la transition a été douce, pour ne pas bouleverser les équilibres. En saut d’obstacles et en concours complet, nous disposons d’un vivier important. C'est un peu moins le cas en dressage et en paradressage, mais ça va être l'enjeu de ces deux premières années d'olympiade, pour le sélectionneur de dressage et le chef d'équipe de paradressage.
Dernière question : nous nous trouvons cette semaine sur le Grand Parquet de Fontainebleau, dans le cadre de Printemps des Sports Equestres organisé par GL events Equestrian Sport, la filiale équestre du Groupe GL events. Entre la FFE et GL events, c’est une histoire d’amour qui dure depuis des années !
F. B. : GL events est devenu l'acteur incontournable des sports équestres en France et à travers le monde, la réalisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 a été extraordinaire, et nous sommes très heureux d'avoir été associés à cette aventure. Sur l'ensemble des événements organisés par Sylvie Robert et ses équipes, la collaboration avec la FFE est optimale. Certes, GL bénéficie d’un savoir-faire inégalable mais surtout, nos deux maisons ont en commun des valeurs fortes. Les événements livrés par GL events sont toujours au service du sport, de la performance et du bien-être du cheval. Et Sylvie reste attachée aux équipes de France et a à cœur d'accueillir de nombreux cavaliers tricolores, d’ouvrir ses pistes à de nombreux jeunes talents, à de nombreuses jeunes femmes cavalières, ce qui est extrêmement important. Bien sûr, ce Printemps des Sports Equestres a également redonné ses lettres de noblesse au Master Pro, des championnats de France qui étaient un peu désertés avant de revenir à Fontainebleau. Aujourd'hui, organisés en parallèle à des concours internationaux, tous les ingrédients sont là pour que les meilleurs cavaliers français participent à leur Championnat de France, ce qui n'a pas été le cas pendant plusieurs décennies, et que l’on observe de nouveau depuis ce Printemps des Sports Equestres.